Dihamri : le meilleur snorkeling de Socotra

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Un masque et un tuba suffisent pour basculer dans l'autre moitié du miracle : les jardins de corail de la côte est.

Socotra est aussi extraordinaire sous l'eau qu'au-dessus. L'île n'a pas gardé ses merveilles pour la seule terre ferme : elle en a caché tout autant sous la surface, et la réserve marine de Dihamri, sur la côte est, en est la porte d'entrée. Un simple masque et un tuba suffisent pour basculer dans cet autre monde.

Des chiffres qui donnent le vertige

Les eaux de l'archipel abritent plus de deux cent cinquante espèces de coraux, plus de sept cents espèces de poissons côtiers, et quelque trois cents espèces de crabes, crevettes et langoustes. Une profusion qui place Socotra parmi les hauts lieux de la biodiversité marine de l'Océan Indien.

Pourquoi les coraux de Socotra résistent

Le plus remarquable, c'est que ces récifs se portent bien. Là où tant de coraux du monde blanchissent et meurent sous l'effet du réchauffement, ceux de Socotra résistent, protégés par un phénomène providentiel : l'upwelling.

Chaque année, la mousson brasse les eaux et fait remonter des profondeurs des courants froids et riches en nutriments, qui rafraîchissent les récifs et les nourrissent. La même mousson qui isole l'île et sculpte ses arbres protège aussi ses coraux. Tout se tient, sur terre comme en mer.

Ce que l'on voit sous la surface

Sous la surface, les jardins de corail déploient leurs architectures, dur et mou, branchu et massif, dans une explosion de formes et de couleurs. Entre les branches circule un peuple bariolé : poissons-perroquets qui broutent le calcaire de leur bec puissant, poissons-chirurgiens au scalpel caudal, mérous placides, murènes tapies dans les anfractuosités, langoustes agitant leurs longues antennes, oursins, poissons-trompettes suspendus à la verticale.

Un aquarium géant, vivant, gratuit, où chaque coup de palme révèle une scène nouvelle.

Les géants du large

Au large, les géants entrent en scène. Les tortues marines, vertes et imbriquées, broutent les herbiers des lagunes et viennent pondre sur certaines plages, perpétuant un rite vieux de cent cinquante millions d'années. Plus loin croisent des raies, des requins de récif inoffensifs, et selon les saisons de grands migrateurs.

Le requin-baleine, plus grand poisson du monde, fréquente ces eaux : jusqu'à vingt mètres et trente tonnes, il se nourrit exclusivement de plancton qu'il filtre en nageant, avec une lenteur débonnaire. Le croiser palmes aux pieds relève du privilège rare.

Mais le plus bouleversant de ces géants est une baleine. La mer d'Arabie abrite une population de baleines à bosse absolument unique au monde : la seule qui ne migre jamais. Partout ailleurs, l'espèce détient le record de la plus longue migration de tous les mammifères ; celles-ci restent chez elles toute l'année. Les analyses génétiques ont révélé qu'elles vivent isolées du reste de leur espèce depuis environ soixante-dix mille ans. Hélas, moins de cent individus subsisteraient aujourd'hui, menacés par les filets et les navires.

Une richesse fragile

Cette richesse marine fait vivre les Socotris depuis toujours : la pêche est l'autre pilier de l'île, avec l'élevage. Mais elle est fragile, menacée par la surpêche industrielle qui rôde au large, par les filets qui capturent tortues et dauphins sans distinction. Protéger la mer de Socotra est un défi aussi crucial que sauver ses dragonniers.

Les deux moitiés du miracle, la terrestre et la marine, se tiennent par la main : la même mousson qui isole l'île, sculpte ses arbres et ferme ses côtes quatre mois par an est aussi celle qui nourrit ses récifs. On ne peut pas préserver l'une sans l'autre.

En pratique

Nul besoin d'être plongeur : un masque, un tuba et quelques palmes suffisent, et l'essentiel du spectacle se joue à faible profondeur, à quelques mètres du bord. C'est ce qui rend Dihamri accessible à presque tout le monde, y compris à ceux qui ne mettent la tête sous l'eau qu'une fois par an.

Le site se pratique uniquement pendant la bonne saison, d'octobre à mai — de juin à septembre, la mousson interdit toute mise à l'eau. Et comme partout sur l'île, on ne touche rien : les coraux sont vivants, et leur bonne santé, ici, est précisément l'exception qu'on vient voir.

Alors après la montagne, après les arbres millénaires, offrez-vous le grand plongeon. Voyez d'abord comment rejoindre l'île et quand venir : le snorkeling n'est possible que d'octobre à mai.

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